Le cas · étape 4, l’action
Les chiens poursuivent le gibier sur le terrain d’autrui : infraction ou pas ?
Textes vérifiés le 7 octobre 2026.
Ce qui s’est passé
Les chiens lancent un chevreuil sur le territoire de la société de chasse. L’animal file sur une propriété voisine dont le propriétaire refuse la chasse ; la meute le suit, traverse un potager et un poulailler, et deux poules sont tuées.
Qui est responsable
Le passage des chiens peut être toléré ; les dégâts, eux, sont à la charge du propriétaire ou de l’utilisateur des chiens.
Quelle garantie joue
- Responsabilité civile chasse : Elle paie les dégâts causés par les chiens (potager, poules), selon le plafond « dommages matériels » du contrat.
- Défense pénale et recours : Utile si le propriétaire porte plainte pour chasse sur autrui.
Ce que dit le texte
Ce qu’il fallait faire avant
- Connaître les limites du territoire et les propriétés où la chasse est refusée.
- Ne pas poster de chasseurs en bordure d’un terrain interdit pour y tirer ce qui en sort.
- Prévoir de quoi récupérer les chiens vite : colliers de repérage, conducteurs mobiles.
La réponse courte
Deux questions distinctes :
- Est-ce une infraction de chasse ? Pas forcément. Le Code de l’environnement admet que le passage des chiens courants sur la propriété d’autrui, à la suite d’un gibier lancé sur la propriété de leur maître, puisse ne pas être poursuivi.
- Qui paie le potager et les poules ? Le propriétaire des chiens, ou le chasseur qui s’en servait. La tolérance pénale le dit expressément : elle laisse intacte « l’action civile » en cas de dommages.
La règle : pas de chasse chez autrui sans accord
Le principe est posé sans ambiguïté : nul ne peut chasser sur la propriété d’autrui sans le consentement du propriétaire. Chasser sur le terrain d’autrui sans accord est une contravention de 5e classe.
Le propriétaire qui refuse la chasse sur son terrain est dans son droit. Dans les communes où une association communale de chasse existe, certains propriétaires peuvent même faire retirer leur terrain du territoire de chasse ; ce terrain est alors fermé à la chasse.
L’exception : les chiens qui suivent un animal lancé
Les chiens courants ne lisent pas les cadastres. Le texte en tient compte : leur passage sur l’héritage d’autrui peut ne pas être une infraction, à trois conditions cumulées :
- ce sont des chiens courants ;
- ils sont à la suite d’un gibier ;
- ce gibier a été lancé sur la propriété de leur maître (ou sur le territoire où il a le droit de chasser).
La formule « peut ne pas être considéré » laisse une marge d’appréciation au juge. Elle protège un passage accidentel, pas une stratégie. Poster des chasseurs en bordure d’un terrain interdit pour y pousser les chiens, ou tirer l’animal sur ce terrain, redevient une chasse sur autrui.
Récupérer ses chiens
Une fois l’action terminée, aller chercher ses chiens perdus chez autrui n’est pas une infraction. Le geste attendu : prévenir le propriétaire, entrer sans arme, récupérer les chiens et repartir. Un chien perdu pendant la chasse n’est d’ailleurs pas considéré comme en divagation, tant que son maître a tout fait pour le récupérer.
Les dégâts : responsabilité sans faute
Pour les dommages, on revient au Code civil : le propriétaire de l’animal, ou celui qui s’en sert, répond de ce qu’il a causé, sans qu’une faute soit nécessaire. Le potager piétiné, les poules tuées, une clôture arrachée sont à réparer.
C’est l’assurance de responsabilité civile chasse qui paie. Attention à la nature du dommage :
- les blessures causées par les chiens sont couvertes sans limite, par obligation légale ;
- les dommages matériels (poules, potager, clôture) sont couverts selon le contrat, avec son plafond et sa franchise.
Une franchise de 150 € peut suffire à ce que deux poules restent à la charge du chasseur. Beaucoup règlent ces petits dégâts directement, à l’amiable, ce qui préserve aussi les relations de voisinage.
Les bons gestes avec le voisin
- Se présenter, reconnaître le passage des chiens, proposer de réparer.
- Échanger les coordonnées et les références d’assurance si le dommage dépasse quelques dizaines d’euros.
- Prévenir l’organisateur de la battue et, si besoin, l’association : un conflit de voisinage mal réglé finit souvent en plainte.
Les textes
- Code de l’environnement, art. L422-1 — Nul n’a la faculté de chasser sur la propriété d’autrui sans le consentement du propriétaire ou de ses ayants droit.
- Code de l’environnement, art. R428-1 — Chasser chez autrui sans accord est une contravention de 5e classe ; le passage de chiens courants qui suivent un gibier lancé chez leur maître peut ne pas être une infraction, sauf action civile.
- Code de l’environnement, art. L420-3 — Récupérer sur autrui ses chiens perdus, à la fin de l’action de chasse, n’est pas une infraction.
- Code civil, art. 1243 — Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, répond du dommage que l’animal a causé.
Cas d’école ; votre contrat et les faits décident.